Dans l’économie africaine contemporaine, la distribution n’est plus un simple maillon logistique. Elle devient un instrument de structuration des marchés. À mesure que le e-commerce africain s’approche des 50 à 60 milliards USD (Banque mondiale / IFC, 2024–2025), l’enjeu centrale est entrain de glisser de la circulation des biens, au contrôle des flux.
La distribution comme architecture de pouvoir
Dans tout système économique, celui qui organise la circulation détient un avantage stratégique. Car la distribution permet de fixer les conditions d’accès au marché, d’influencer les marges fournisseurs, d’orienter la visibilité des produits et de collecter des données sur la demande.
En Afrique, où le commerce intra-continental traçable représente encore moins de 18 % des échanges totaux (CNUCED, 2024), la structuration des circuits régionaux reste à priori incomplète. Cela signifie qu’un acteur capable d’organiser efficacement les flux devient rapidement central. Ainsi, la distribution ne se limite plus à transporter. Désormais, elle hiérarchise les acteurs de la filière.
Une asymétrie souvent sous-estimée
Un grand nombre sinon la vaste majorité des entreprises locales conçoivent leur produit avant de réfléchir à son accès au marché. Or, lorsque la distribution est dominée par quelques opérateurs structurés formels ou hybrides, la dépendance devient progressive. Elle concerne les délais, la visibilité et les conditions tarifaires pour simplifier.
Ce déséquilibre n’est pas nécessairement conflictuel mais il clairement structurel.
Avec 1,48 milliard d’habitants et un marché en expansion (Banque mondiale, 2025), maîtriser les points de passage (entrepôts, hubs urbains, plateformes régionales) revient à maîtriser l’expansion économique sur un territoire plus ou moins vaste.
Les territoires de la distribution redessinent la carte économique
La montée en puissance des zones économiques spéciales, des plateformes logistiques régionales et des hubs portuaires modifie progressivement la géographie du pouvoir économique en Afrique. Un territoire capable de réduire les délais, sécuriser les flux, digitaliser les procédures et d’intégrer paiement et livraison attire davantage d’investissements productifs. La distribution devient ainsi un levier d’attractivité.
Ce phénomène dépasse le e-commerce. Il concerne également l’agro-industrie, le textile, l’industrie légère et même les services. Car la fluidité logistique devient un indicateur de compétitivité systémique.
2026 : vers une concentration stratégique ?
À l’horizon 12–24 mois, plusieurs évolutions pourraient accentuer cette dynamique :
La consolidation d’opérateurs capables d’intégrer entreposage, paiement et data
La montée en puissance d’acteurs régionaux structurés
Une sélectivité accrue du capital vers les modèles intégrés
Dans ce contexte, la distribution ne sera plus seulement un service car elle deviendra un levier d’influence. Les entreprises qui maîtrisent leur accès au marché gagneront en autonomie stratégique. Celles qui en dépendent totalement verront leur marge de manœuvre se réduire.
Aller plus loin
Comprendre la distribution comme outil de pouvoir permet de dépasser la lecture strictement logistique. Dans le Dossier Spécial du numéro 18 de K-World, nous analysons comment certains acteurs africains structurent concrètement leur position dans la chaîne, sécurisent leur accès au marché et transforment la logistique en avantage stratégique.
Les études de cas détaillent les arbitrages réels, les contraintes terrain et les leviers qui modifient durablement l’équilibre des forces.
Dans l’économie africaine contemporaine, la distribution n’est plus neutre. Elle structure les rapports de force, conditionne l’accès au marché et influence la création de valeur. À l’horizon 2026, la maîtrise des flux pourrait devenir l’un des critères déterminants de la souveraineté économique des entreprises et des territoires.