La digitalisation des paiements en Afrique ne se limite plus aux fintechs privées. Une mutation plus structurelle est en cours : les États investissent désormais les infrastructures de paiement comme levier stratégique. En 2026, cette évolution pourrait transformer en profondeur la relation entre administrations, entreprises et citoyens.
La dynamique continentale
L’essor du mobile money a posé les bases d’une transformation plus large. Du Ghana au Rwanda, en passant par le Maroc ou le Kenya, les administrations fiscales et sociales accélèrent l’intégration des paiements numériques dans leurs circuits.
Le déploiement du Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), soutenu par l’African Export-Import Bank (Afreximbank), illustre cette recomposition régionale : faciliter les règlements intra-africains en monnaies locales sans passer par des devises tierces. Pensé initialement pour le commerce interbancaire, le dispositif ouvre désormais des perspectives pour des flux publics transfrontaliers.
Dans plusieurs pays, les programmes d’aides sociales, de bourses étudiantes ou de subventions agricoles migrent vers des portefeuilles numériques connectés aux systèmes d’identification nationale. L’objectif est clair : réduire les fuites, améliorer la traçabilité et élargir la base fiscale. Nous assistons ainsi à l’émergence d’un État plateforme, capable d’orchestrer données, flux financiers et services publics via des infrastructures numériques intégrées.
Les transformations en profondeur
Trois dynamiques méritent une attention particulière.
L’interopérabilité devient un enjeu politique central. Les banques centrales travaillent à connecter opérateurs télécoms, banques et fintechs autour de standards communs. Cette architecture réduit la dépendance à quelques acteurs dominants et renforce la souveraineté technologique.
La fiscalité progresse par capillarité numérique. L’intégration des paiements marchands aux systèmes fiscaux (notamment via des QR codes nationaux), permet aux administrations de capter des transactions historiquement informelles. Une évolution encore discrète mais structurante : l’exploitation progressive des données transactionnelles pour consolider l’assiette fiscale.
La souveraineté monétaire se joue dans les infrastructures. Les projets de monnaies numériques de banques centrales, étudiés notamment par la Bank of Ghana ou au Nigeria, traduisent une volonté claire : ne pas laisser les infrastructures critiques aux seules plateformes privées internationales.
La bascule 2026
Pour les entreprises, la digitalisation publique des paiements implique une formalisation accélérée. L’accès au crédit pourrait s’améliorer grâce à des historiques transactionnels consolidés, mais la pression fiscale deviendra plus systématique.
Pour les États, l’enjeu est double : renforcer la mobilisation des ressources domestiques et sécuriser les transferts sociaux. La maîtrise des données devient un actif stratégique.
Pour les investisseurs, la valeur se situe dans les couches intermédiaires : cybersécurité, cloud souverain, solutions d’identité numérique et API publiques.
Pour les citoyens, l’accès simplifié aux services pourrait réduire les coûts de transaction, à condition que la protection des données et la confiance institutionnelle suivent.
À surveiller
Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest : Avancées sur l’interopérabilité régionale
Bank of Ghana : Expérimentation autour de la monnaie numérique
Flutterwave : Partenariats public-privé avec administrations
Extension des QR codes fiscaux en Afrique de l’Est
Perspective
L’enjeu dépasse la modernisation technologique. En structurant leurs infrastructures de paiement, les États africains redéfinissent l’équilibre entre inclusion financière, formalisation économique et souveraineté.
Sur les 12 à 24 prochains mois, la capacité à concilier interopérabilité, protection des données et gouvernance publique déterminera si cette transition renforce la confiance… ou crée de nouvelles tensions numériques.