
La transition énergétique africaine change de nature. Après une décennie focalisée sur l’accès à l’électricité, 2026 marque une inflexion stratégique : la captation locale de valeur dans la chaîne des renouvelables devient un objectif politique assumé.
Le continent concentre environ 60 % du potentiel solaire mondial inexploité, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Pourtant, l’Afrique représente moins de 2 % de la capacité solaire installée mondiale. Ce contraste révèle un paradoxe énergétique mais aussi industriel. Il s’agit désormais de savoir qui fabrique, qui assemble, qui transforme ?
Jusqu’à présent, la majorité des équipements photovoltaïques installés en Afrique étaient importés. L’IRENA indique que plus de 80 % de la production mondiale de panneaux solaires est concentrée en Asie. Cette dépendance expose les pays africains aux fluctuations de prix et aux tensions géopolitiques. En réponse, plusieurs États réorientent leurs stratégies.
Le Maroc structure un écosystème industriel autour du solaire et de l’hydrogène vert, soutenu par une politique industrielle cohérente. L’Égypte attire des investissements dans la fabrication de composants électriques liés aux renouvelables. En Afrique australe, l’Afrique du Sud renforce ses exigences de contenu local dans les appels d’offres énergétiques.
Ce mouvement reste progressif, mais il traduit une volonté claire : passer du statut de marché d’installation à celui d’acteur industriel régional.
Un indicateur particulièrement révélateur réside dans la montée en puissance des exigences de contenu local dans les projets d’énergie renouvelable. Ces clauses imposent qu’une part des équipements ou des services soit produite localement. Si elles sont correctement calibrées, elles peuvent stimuler la création d’emplois qualifiés et le transfert de compétences.
Selon la Banque africaine de développement, l’Afrique devra mobiliser plus de 70 milliards USD par an d’ici 2030 pour répondre à ses besoins énergétiques. Si une fraction significative de ces investissements alimente des unités d’assemblage locales, l’impact industriel pourrait être considérable.
L’IRENA estime que le secteur des renouvelables employait plus de 13 millions de personnes dans le monde en 2022. L’Afrique pourrait capter une part croissante de ces emplois si elle développe ses capacités de transformation.
La dimension la plus stratégique concerne les minerais nécessaires aux batteries et aux technologies bas-carbone.
La République démocratique du Congo produit environ 70 % du cobalt mondial selon l’US Geological Survey. Le Zimbabwe et la Namibie renforcent leur position sur le lithium.
Selon la Banque mondiale, la demande mondiale de minerais critiques pourrait augmenter de près de 500 % d’ici 2050 dans un scénario compatible avec les objectifs climatiques. La question centrale devient donc : exporter brut ou transformer localement ? Plusieurs gouvernements examinent des politiques favorisant la transformation sur place avant exportation. Si cette stratégie se concrétise, l’Afrique pourrait remonter dans la chaîne de valeur mondiale des batteries.
Pour les États, l’alignement entre politique énergétique, politique minière et politique industrielle devient stratégique. Sans cohérence, l’opportunité sera captée ailleurs.
Pour les entreprises locales, des segments à fort potentiel émergent :
Pour les investisseurs, la production d’électricité reste attractive à court terme. Mais la transformation industrielle offre un levier de création de valeur plus durable à moyen terme.
Pour les citoyens, l’enjeu est double : accès élargi à l’énergie et création d’emplois techniques qualifiés.
Les 12 à 24 prochains mois détermineront si l’Afrique reste un importateur stratégique d’équipements renouvelables ou devient un acteur industriel crédible de la transition énergétique mondiale. La bataille se joue désormais sur la chaîne de valeur.
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