
L’entertainment africain entre dans une phase de consolidation stratégique. La visibilité internationale de l’Afrobeats, de Nollywood et des formats audiovisuels locaux ne suffit plus. L’enjeu central devient la maîtrise des canaux de diffusion et la captation des revenus sur le continent. En 2026, deux acteurs à capitaux majoritairement africains cristallisent cette transition : MultiChoice et Mdundo.
L’Afrique subsaharienne comptait 515 millions d’abonnés mobiles uniques en 2022 (GSMA), avec une projection à 613 millions d’ici 2025. Cette base numérique alimente une consommation croissante de contenus audiovisuels. Toutefois, l’accès à Internet reste inégal : seulement 28 % de la population d’Afrique subsaharienne était connectée en 2022 (Banque mondiale).
Dans cet environnement hybride, MultiChoice conserve un avantage structurel. Le groupe combine satellite (DStv) et streaming (Showmax), limitant sa dépendance à la fibre et à la 4G/5G. Cette architecture multi-canal permet d’adresser simultanément les métropoles connectées et les marchés moins urbanisés.
La production locale constitue le second levier. Nollywood produit plusieurs milliers de films par an, mais la faiblesse historique réside dans la distribution formelle et la contractualisation. MultiChoice, en finançant des séries et des contenus originaux, contribue à structurer une chaîne de valeur plus prévisible.
Dans un continent où 60 % de la population a moins de 25 ans (Banque mondiale, 2023), la demande culturelle est structurelle, non conjoncturelle.
La musique africaine génère des milliards de streams à l’échelle mondiale. Pourtant, une part significative des revenus est captée hors du continent via des plateformes internationales.
Mdundo adopte une stratégie différente : modèle freemium adapté au pouvoir d’achat local, intégration directe avec les opérateurs télécoms et optimisation pour les faibles débits. Cette approche tient compte d’un facteur déterminant : le revenu disponible moyen demeure contraint dans de nombreux marchés africains (Banque africaine de développement).
La montée en puissance du paiement mobile constitue un catalyseur. L’écosystème fintech africain facilite la micro-monetisation et l’abonnement à faible ticket d’entrée. L’enjeu pour les artistes est clair : consolider une base de revenus continentale avant de dépendre exclusivement des marchés occidentaux.
L’entertainment africain passe d’une logique d’influence à une logique de souveraineté économique.
Pour les producteurs, la professionnalisation contractuelle devient prioritaire. Droits d’auteur, gestion des catalogues et exploitation multi-territoriale détermineront la rentabilité.
Pour les États, la régulation des plateformes numériques et la fiscalité des revenus digitaux constituent des leviers de politique économique.
Pour les investisseurs africains, le secteur apparaît comme un actif démographique. La croissance de la population et l’expansion mobile créent un marché intérieur durable.
Dans les 12 à 24 prochains mois, la consolidation régionale et les alliances capitalistiques pourraient redessiner le paysage audiovisuel africain. Les acteurs capables d’intégrer production, distribution et monétisation contrôleront les flux financiers générés par la créativité africaine.
L’entertainment africain ne manque ni de talents ni d’audience. La question stratégique pour 2026 est plus structurante : qui contrôle les canaux, qui capte les flux, et où se concentre la valeur ?
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