Le tourisme africain ne se joue plus uniquement sur l’attractivité des destinations. En 2026, la compétitivité dépendra de la cohérence entre connectivité aérienne, mobilité locale et qualité d’hospitalité. Deux dynamiques structurantes cristallisent cette évolution : l’expansion continentale de Ethiopian Airlines, véritable colonne vertébrale de la mobilité intra-africaine, et la modernisation stratégique du Kenzi Hotels Group, acteur clé de la montée en gamme hôtelière.
Connectivité aérienne : le prérequis stratégique
Selon la Banque mondiale (2023), le tourisme représente environ 7 % du PIB africain. Pourtant, l’intégration du marché reste limitée : moins de 20 % des vols opérés en Afrique sont intra-continentaux. Cette fragmentation renchérit les coûts, allonge les temps de trajet et limite les flux régionaux.
Dans ce contexte, Ethiopian Airlines occupe une position systémique. Avec plus de 60 destinations africaines et un hub central à Addis-Abeba, la compagnie constitue l’infrastructure la plus intégrée du continent. Son modèle combine transport passagers, cargo, maintenance et formation aéronautique, réduisant sa dépendance aux opérateurs extérieurs.
L’impact dépasse le tourisme de loisirs. Le segment du tourisme d’affaires, fortement corrélé à l’intégration économique régionale, bénéficie directement de cette connectivité. Or, le commerce intra-africain ne représente encore qu’environ 15 % des échanges totaux (Banque africaine de développement). Sans mobilité fluide, la croissance du tourisme régional restera marginale.
La mise en œuvre effective du Marché unique du transport aérien africain pourrait modifier cet équilibre en abaissant les barrières tarifaires et réglementaires.
Hospitalité et efficacité énergétique : la nouvelle frontière compétitive
La connectivité crée le flux ; l’hospitalité transforme l’expérience. Le Kenzi Hotels Group, acteur marocain historique, s’inscrit dans une stratégie de modernisation alignée sur les standards internationaux.
La dynamique démographique renforce cette orientation : plus de 600 millions d’Africains vivront en zone urbaine d’ici 2030 (Banque mondiale). Cette urbanisation stimule la demande en hôtels d’affaires, centres de conférences et infrastructures haut de gamme.
L’efficacité énergétique devient un critère décisif. L’Agence internationale de l’énergie (IEA) indique que les bâtiments représentent près de 30 % de la consommation énergétique mondiale. Pour les groupes hôteliers africains, investir dans la performance énergétique permet de réduire les coûts d’exploitation tout en répondant aux exigences ESG des investisseurs internationaux.
La digitalisation complète cette transformation. La GSMA prévoit 613 millions d’abonnés mobiles uniques en Afrique subsaharienne d’ici 2025. Réservations en ligne, paiements digitaux et services connectés deviennent des standards opérationnels.
Ce que cela change en 2026
Le tourisme africain évolue vers un modèle d’intégration verticale.
Pour les États, la priorité stratégique demeure la fluidification des visas et l’ouverture effective du ciel africain. L’absence d’harmonisation limite l’essor des flux intra-continentaux.
Pour les entreprises, la compétitivité ne se résume plus à l’emplacement géographique. Elle repose sur la capacité à articuler transport fiable, hébergement performant et parcours client digitalisé.
Pour les investisseurs, les infrastructures touristiques apparaissent comme des actifs structurants, adossés à la croissance démographique et à l’urbanisation rapide.
Dans les 12 à 24 prochains mois, la capacité des acteurs africains à coopérer (compagnies aériennes, groupes hôteliers, plateformes digitales) déterminera la consolidation du secteur. L’enjeu central sera la captation locale de la valeur générée par la mobilité régionale.
À surveiller
Ethiopian Airlines : expansion du hub et alliances régionales
Kenzi Hotels Group : modernisation énergétique et déploiement continental
Mise en œuvre du Marché unique du transport aérien africain
Digitalisation intégrale du parcours client
Le tourisme africain entre dans une phase de maturité stratégique. La question n’est plus d’attirer davantage, mais d’intégrer mieux. L’avantage compétitif du continent dépendra de sa capacité à transformer la mobilité en chaîne de valeur durable.