
La souveraineté sanitaire ne se décrète pas. Elle s’organise. Et dans l’industrie de la santé, cette organisation repose d’abord sur la logistique.
Transport sous température contrôlée, entreposage sécurisé, distribution pharmaceutique, traçabilité des produits : la sous-filière logistique constitue l’un des maillons structurants de la chaîne de valeur de la santé. Pourtant, en Afrique, ce segment demeure largement dépendant d’infrastructures importées ou d’opérateurs internationaux.
Cette dépendance intervient dans un contexte préoccupant : selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 4,5 milliards de personnes dans le monde n’ont pas pleinement accès aux soins de santé essentiels, et plus de 2 milliards rencontrent des difficultés financières pour y accéder. L’Afrique concentre une part significative de ces vulnérabilités, alors même que ses systèmes d’approvisionnement restent fragmentés.
La logistique médicale ne se limite pas au transport de médicaments. Elle implique des normes strictes de conservation, notamment pour les vaccins et produits thermosensibles, dont l’efficacité dépend du maintien d’une chaîne du froid continue. Selon l’OMS, une rupture de la chaîne du froid peut rendre inefficace jusqu’à 25 % des vaccins transportés dans certaines régions à faibles infrastructures.
À cela s’ajoute la question des faux médicaments. L’OMS estime qu’environ un produit médical sur dix dans les pays à revenu faible ou intermédiaire est falsifié ou de qualité inférieure. La traçabilité logistique devient alors un enjeu de sécurité publique autant qu’industriel.
Dans ce contexte, la maîtrise locale des plateformes de stockage, des systèmes numériques de suivi et des réseaux de distribution constitue un actif stratégique.
Structurer une logistique médicale nationale ou régionale ne répond pas uniquement à une logique sanitaire. Il s’agit d’un choix industriel.
La sous-filière logistique de la santé comprend les grossistes pharmaceutiques, les entreprises de transport spécialisé, les gestionnaires d’entrepôts certifiés et les opérateurs de distribution. Ces activités génèrent des emplois qualifiés, nécessitent des investissements technologiques et créent des revenus récurrents.
Dans un contexte de tensions géopolitiques et de reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales, les pays capables de sécuriser leurs flux médicaux réduisent leur exposition aux chocs externes. La pandémie a démontré la vulnérabilité des États dépendants de chaînes logistiques internationales longues et peu diversifiées.
Pour l’Afrique, la question n’est donc pas uniquement de produire localement, mais de pouvoir distribuer efficacement ce qui est produit ou importé.
La logistique médicale influence directement l’accès aux soins. Les ruptures d’approvisionnement entraînent hausse des prix, développement de circuits informels et inégalités territoriales accrues.
À l’inverse, une chaîne d’approvisionnement robuste contribue à stabiliser les coûts, sécuriser les traitements essentiels et renforcer la confiance des populations dans le système de santé. Elle participe ainsi à la cohésion sociale.
La logistique devient alors un pont entre industrie et politique sociale.
L’Afrique connaît une croissance démographique soutenue et une urbanisation rapide. Selon la Banque mondiale, la population d’Afrique subsaharienne devrait presque doubler d’ici 2050. Cette dynamique accroît mécaniquement la pression sur les systèmes de santé et leurs chaînes d’approvisionnement.
Parallèlement, la digitalisation des flux logistiques (traçabilité par codes, systèmes intégrés de gestion des stocks, plateformes régionales d’approvisionnement) ouvre des perspectives d’optimisation inédites.
Les États et investisseurs qui structurent dès maintenant ces infrastructures ne sécurisent pas seulement un secteur. Ils investissent dans la résilience nationale.
Dans le Dossier spécial Santé de K-World n°17, nous approfondissons :
>> Pour comprendre comment la logistique médicale peut devenir un pilier de souveraineté économique et sociale en Afrique, téléchargez le Dossier spécial Santé – K-World n°17.
Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

K-World est un magazine digital et bimestriel, de plus de 60 pages avec une trentaine d’articles et un dossier spécial. Tous les articles sont rédigés par des professionnels mais nous accordons une place particulière aux experts qui souhaitent contribuer sur des sujets spécifiques.
K-World Magazine est un outil d’aide à la décision économique. Nous produisons une information structurée et exploitable sur les chaînes de valeur africaines à fort potentiel. Chaque numéro fournit des analyses sectorielles, données économiques vérifiées, lectures industrielles et une cartographies d’opportunités.